Interview aux questions croisées

de Laurent Benoudiz et Julien Tokarz

Après avoir présidé l’Ordre de Paris Ile-de-France de 2012 à 2014, Julien Tokarz est désormais candidat à la présidence du Conseil Supérieur. Laurent Benoudiz, élu de 2008 à 2012 est le candidat ECF pour la présidence de notre Conseil régional. Quels sont leurs ambitions pour notre profession ? Quelles mesures concrètes envisagent-ils de porter dans les premiers mois de leur élection ?

Julien Tokarz, vous êtes candidat à la présidence du Conseil supérieur. Quelle ambition portez-vous pour notre profession ?

JT : Je veux me placer dans les pas de mes prédécesseurs au Conseil supérieur, Joseph Zorgniotti et Philippe Arraou : renforcer et élargir nos missions, accompagner les cabinets dans la transition numérique. Mais l’urgence est de donner de l’oxygène aux cabinets qui se trouvent asphyxiés sous le poids des contraintes administratives. Je pense notamment à la question de la transmission des pièces aux OGA contre laquelle nous nous battons actuellement. En somme, notre statut de tiers de confiance, s’il comporte des contraintes (déontologie, contrôle de qualité), doit également produire des avantages. Il doit être plein et entier. Par ailleurs, la transition numérique de nos cabinets va s’accélérer. L’enjeu pour nos cabinets est de garder la maîtrise des flux comptables en intégrant ces nouvelles technologies. Je souhaite un grand plan de formation et d’adaptation pour toute la profession. Enfin, le DEC est le pilier de notre profession et doit le demeurer. Je souhaite donc une seule et même institution qui gère le DEC, notre formation continue, et qui supervise tous les métiers que nous pouvons exercer, l’expertise comptable, l’audit légal, le conseil… C’est le prix de la cohérence et de l’influence, mais également de l’efficacité.

Laurent Benoudiz, vous êtes candidat à la présidence de l’Ordre de Paris Ile-de-France. Quelle ambition pour notre Conseil régional ?

LB : Le Conseil régional de l’Ordre de Paris Ile-de-France réunit près de 6 000 confrères et 3 900 stagiaires. C’est de loin le plus important de tous en matière d’effectif et de budget. Il nous est ainsi possible d’être un laboratoire d’innovations pour l’ensemble de la profession. Rappelons que le service Infodoc-Expert a été créé à l’époque par William Nahum, tout comme j’ai lancé l’opération Allô impôts en 2008. Ces services sont désormais exploités au niveau national. Les exemples sont nombreux des initiatives parisiennes devenues nationales : Cap Performance a ainsi été utilisé par toute la profession. Notre marque de fabrique est de faire en sorte que nos idées deviennent des actes et que les actes donnent des résultats !

Quels sont les principaux projets pour la mandature qui vient ?

LB : J’ai quatre priorités pour les deux ans à venir, durée particulière de ce mandat. La première consistera, parce qu’il y a urgence, à mettre en place un médiateur à la simplification qui sera chargé de la résolution des difficultés que rencontrent nos confrères dans leurs relations avec les organismes publics ou privés (SIE, RSI, Urssaf, Caisse de retraite…). De la même manière que nos cabinets simplifient la vie de nos clients en absorbant les contraintes fiscales et sociales, je veux que l’Ordre de Paris Ile-de-France devienne le simplificateur des difficultés qui nous coûtent trop de temps et d’énergie. La deuxième priorité sera de mettre en œuvre, en complément de la démarche sur l’attractivité, une véritable plate-forme d’offres d’emploi réservée aux seuls cabinets. Nous avons un projet ambitieux en la matière : l’Ordre doit être mobilisé pour aider les cabinets qui n’arrivent plus à recruter. Le troisième objectif sera de poursuivre la rationalisation des coûts. Le regroupement de l’Ordre, de l’Asforef et de la Compagnie de Paris au 50, rue de Londres a déjà permis de dégager d’importantes marges de manœuvre. Il faut aller encore plus loin. Je veux proposer à la CRCC de Versailles de travailler sur les synergies possibles, toujours dans un souci d’économie et d’efficacité. Par ailleurs, chaque année, nous dépensons 400 000 euros en location de salles de formation à l’extérieur. Le financement de l’acquisition de l’immeuble de la rue de Londres sera terminé en 2017. Ce sont 700 000 euros de marge de manœuvre supplémentaire qui pourront être affectés à la création d’un véritable lieu d’échanges, de formation et de rencontre entre l’institution et les confrères. Grâce à la politique menée depuis huit ans, nous pouvons désormais nourrir de vraies ambitions. Enfin, la formation sera ma quatrième priorité. Nous devons faire évoluer l’offre de l’Asforef vers plus de qualité et de services par la mise en place d’un outil de gestion des compétences pour les salariés de nos cabinets et d’une offre de formations certifiantes pour nos collaborateurs Bac+2, Bac+3 qui doivent s’adapter rapidement.

JT : Vous l’avez compris, la priorité des priorités, c’est pour moi la levée des contraintes administratives pour les cabinets, par la reconnaissance d’un statut de tiers de confiance plein et entier qui doit nous permettre d’obtenir des avantages particuliers pour nos clients (délais déclaratifs allongés, remboursement de crédits plus rapide, prescription fiscale plus courte). Je m’engage également à cesser d’accompagner les mesures gouvernementales qui ajoutent de la complexité à la complexité en expliquant exactement pourquoi. Dans le cadre de la transition numérique, nous avons le projet et les réserves nécessaires pour proposer un plan de formation gratuit. C’est d’ailleurs ce que vient d’annoncer Philippe Arraou. Nous continuerons ce plan et l’amplifierons. Enfin, je prendrai attache immédiatement avec la CNCC et le gouvernement pour ouvrir le chantier de la réunion de nos institutions. Le statu quo actuel n’est plus tenable.

La presse relate que les grands cabinets anglo-saxons ont inscrit cent trente-six diplômés salariés pour peser sur le scrutin à venir. Quelle est votre réaction ?

LB : En vérité, je ne suis pas très surpris. Tout le monde sait que les cabinets anglo-saxons ont pris le pouvoir et contrôlent l’IFEC depuis plusieurs années. La présidence de la CNCC sera assurée à nouveau dans quelques semaines, après Yves Nicolas, associé de PwC, par Jean Bouquot, associé EY. Au lieu d’essayer de conquérir les voix de la majorité des consœurs et confrères indépendants par la qualité de son programme et de ses idées, l’IFEC se lance dans des manœuvres de basse politique. Je pense qu’au final, nos consœurs et confrères sont désormais suffisamment éclairés et choqués par cette pratique pour se mobiliser dès le 11 novembre.

JT : Les masques sont tombés : à chacun d’en tirer les conclusions qui s’imposent ! Pour moi, il ne s’agit aucunement de déclarer la guerre aux grands cabinets anglo-saxons, mais simplement de constater la dépendance de nos compétiteurs vis-à-vis de ces cabinets. Je ne veux pas que l’institution subisse le même sort. Édouard Salustro déclarait que « ce n’est qu’en regroupant nos moyens, qu’en nous formant à l’exercice collectif de nos missions et en structurant nos cabinets que nous pourrons lutter à armes égales avec les cabinets anglo-saxons et nous opposer efficacement à l’agressivité de certains d’entre eux ». Cette période semble bel et bien révolue au sein de l’IFEC. C’est à ECF d’assurer aujourd’hui l’équilibre entre petits et grands, de faire en sorte que notre profession soit riche dans sa diversité. J’aurai à cœur de réunir autour de nos idées l’ensemble de la profession pour établir la plate-forme indispensable à la mise en œuvre de notre projet. C’est tous ensemble, dans le respect des uns et des autres, et non dans la dépendance des uns par rapport aux autres, que nous pourrons imaginer faire grandir notre profession.

Laurent Benoudiz

Laurent Benoudiz

Candidat ECF au Conseil régional de l’Ordre de Paris Ile-de-France.
Associé au sein d’un cabinet de 25 personnes, il est président d’ECF Paris Ile-de-France.

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Julien Tokarz

Candidat à la présidence du Conseil Supérieur de l’Ordre.
Associé au sein d’un cabinet de 120 personnes, il est actuellement président d’ECF.