La prérogative d’exercice existe-t-elle encore ?

 

La numérisation des échanges ouvre la porte aux barbares et à la DGFiP pour automatiser nos prestations de base. La reconnaissance du statut de tiers de confiance devient une urgence vitale !

Un château de sable face au tsunami numérique
Alain Griset, ministre des PME, l’a récemment rappelé : « L’existence des professions réglementées n’est pas remise en question. L’évolution est due aux mutations technologiques. » Notre prérogative d’exercice risque peu, en effet, d’être remise en question par le législateur (il en est le principal bénéficiaire, en vérité), mais est-elle encore une véritable protection face aux néo-banques et aux éditeurs de solutions en ligne ? Quel sera l’impact d’une généralisation, à l’horizon 2025, comme le prévoit la loi, de l’envoi par l’administration fiscale de déclarations de TVA préremplies grâce à la facture électronique ? Quel impact aura un tel dispositif combiné à un nouveau relèvement des seuils des régimes micro ? Enfin, promettre une baisse des coûts de traitement des factures pour les TPE grâce à la facture électronique, c’est promettre aussi une baisse du chiffre d’affaires de nos cabinets : les dépenses des uns sont les recettes des autres…

Bien sûr, la rentabilité des missions de tenue et de déclaratif s’érode. Évidemment, notre métier est d’accompagner les entreprises dans leur gestion. Sans aucun doute, notre formation permet d’offrir bien plus que du déclaratif. Mais qui peut nier qu’aujourd’hui encore la principale motivation des entrepreneurs pour sonner à la porte de nos cabinets reste la contrainte légale ? Qui pense qu’il est raisonnablement possible de s’en passer d’ici 2025 ou même 2030 sans conséquences sérieuses sur notre activité ? La numérisation des échanges interentreprises est un Big Bang pour notre profession, qui réalise encore 70 % de son chiffre d’affaires dans les missions liées au déclaratif fiscal. Combien de cabinets sont prêts ?

La formation est indispensable
À l’Ordre de Paris, nous avons pris ce sujet très au sérieux en lançant dès 2017 des formations destinées aux experts-comptables (la Performance Academy) et aux collaborateurs (E-Coll : de la production à l’accompagnement client). Faire évoluer nos collaborateurs pour qu’ils comprennent que la valeur ajoutée de leur travail commence lorsque la TVA et les comptes annuels sont terminés est un défi individuel pour chacun de nous. Il faut évidemment étendre et renforcer encore ces formations en abaissant notamment leur coût et en les diffusant dans la France entière.

Le statut de tiers de confiance est vital
Il est urgent de moderniser notre prérogative par la reconnaissance d’un véritable statut de tiers de confiance. Le recours à un expert-comptable doit permettre d’obtenir des avantages tangibles et concrets pour nos clients : réduction des délais de reprise, pas de majorations pour manquement délibéré, remboursement accéléré des crédits d’impôt et de la TVA sans contrôle préalable par Bercy… C’est le cas en Allemagne !

Il est également nécessaire, pour lutter contre l’exercice illégal qui s’aggrave, d’accompagner le dépôt des comptes aux greffes d’une attestation signée par le client indiquant qu’il a (ou qu’il n’a pas) eu recours aux services d’un expert-comptable mentionnant son numéro d’inscription à l’Ordre. C’est le cas en Belgique !

Il faut qu’un expert-comptable puisse disposer d’un accès direct aux organismes publics avec des interlocuteurs dédiés. Cela doit s’inscrire dans la relation de confiance que met en place la DGFiP et doit être étendu aux Urssaf et autres organismes d’État.

Il faut que le recours à un expert-comptable apporte plus de sécurité, plus de confiance et plus de valeur ajoutée à nos clients, dans l’intérêt de la croissance de l’économie.

> M.B.