Le diplôme, un totem immuable ?

 

Aujourd’hui, le diplôme d’expertise-comptable (DEC) est un symbole fort et incontournable de notre profession. Il est ce qui nous unit tous, quels que soient nos modes d’exercice, la taille de nos cabinets, la taille de nos clients et la nature de nos missions.

Pour les cabinets libéraux, la diminution drastique du nombre de mandats de commissaire aux comptes dans les petites entreprises a réduit notre capacité à accueillir des experts-comptables stagiaires. Il est indispensable, pour nos cabinets et notre profession, de résoudre dès maintenant ce problème dont l’ampleur va progresser.

Autre limite à notre attractivité, la barrière à l’entrée au stage, à savoir le DSCG. Cette barrière est souvent considérée comme un élément de prestige de notre profession. Avoir le DSCG, c’est un gage de « qualité » dans la technicité des impétrants. Mais en réalité, ce cursus censé nous rendre individuellement uniques a fait collectivement de nous des clones.

Certains disent qu’il y a trop d’experts-comptables et que la tendance est au nivellement par le bas. D’autres, dont nous faisons partie, affirment que nous n’avons pas assez de diplômés. En fait, les deux discours sont conciliables : il y a trop de diplômés experts en comptabilité, et pas assez de diplômés aux compétences plus diverses.

Nous ne savons pas créer des carrières dans nos cabinets, car notre cursus est unique et ne propose qu’une seule voie de réussite. Une telle vision conduit à bloquer le jeune collaborateur n’arrivant pas à valider le DSCG qui lui apprend à réaliser des consolidations IFRS ou des fusions de sociétés internationales qu’il ne pratiquera jamais.

Nous envisageons trois axes majeurs d’amélioration de notre diplôme :
1. Élargir l’entrée au stage à des diplômes autres que le DSCG : considérer que seule la maîtrise de la consolidation et de la fusion fait les bons professionnels de demain est une hérésie : combien d’experts-comptables exercent réellement ces matières dans leur pratique professionnelle ?
2. Créer trois options au niveau du stage : considérer que tous les confrères doivent faire de l’audit est une vision qui ne correspond plus à notre métier. Il paraît essentiel de faire de l’audit une option et de proposer deux autres voies : systèmes d’information de gestion et conseil en gestion de patrimoine.
3. Affirmer la capacité de l’expert-comptable à auditer les comptes. C’est d’ailleurs l’essence même de l’article 2 de l’ordonnance de 1945 (« réviser et apprécier les comptabilités »). Ainsi, le quota de deux cents heures doit être un critère uniquement restrictif pour l’exercice de mandats de CAC EIP à la sortie du diplôme.

En conclusion, il est temps que notre diplôme s’adapte au nouveau paysage de l’audit légal dessiné par le marché et la loi PACTE, mais aussi au numérique et à la nécessité de créer des compétences nouvelles dans nos cabinets pour répondre aux besoins actuels des entreprises. Une telle réforme sera également l’occasion de créer des carrières diverses dont nos cabinets manquent cruellement, pour rendre notre profession plus diverse, plus large, plus forte et plus attractive.

> E.C., G.B., L.B.